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Bibliographie (draft)

Selections par E (24/08/2022)

Voici, comme convenu, des études concernant les résultats à long-terme des personnes prenant des antidépresseurs en comparaison avec des personnes n’en prenant pas. À prendre avec des pincettes, bien sûr, car je n’ai pas eu le temps de les lire de manière approfondie ; ces études peuvent présenter des biais méthodologiques et les conclusions sont nuancées. 
En tout cas, de telles études existent.

La première a été repérée par Ad.

  1. Almohammed O et al. Antidepressants and health-related quality of life (HRQoL) for patients with depressions: Analysis of the medical expenditure panel survey from the United StatesPLoS ONE 2022;17(4):e0265928.
    D’après cette étude, les personnes souffrant de dépression qui utilisent des antidépresseurs pendant de longues périodes ne présentaient pas d’améliorations plus importantes de leur qualité de vie par rapport aux personnes souffrant de dépression qui n’utilisent pas d’antidépresseurs.
  2. Vittengl JR. Poorer long-term outcomes among persons with major depressive disorders treated with medicationPsychother Psychosom2017;86:302-4.
    Une analyse des résultats de 3 294 personnes chez qui une dépression a été diagnostiquée et qui ont été suivies pendant neuf ans a révélé que celles qui avaient pris des antidépresseurs pendant cette période présentaient des symptômes plus graves au bout de neuf ans que celles qui n’avaient pas pris de tels médicaments. La différence de résultats ne pouvait s’expliquer par une quelconque différence dans la gravité initiale de la dépression.
  1. Hengartner MP et al. Antidepressant use prospectively relates to a poorer long-term outcome of depression: results from a prospective community cohort study over 30 yearsPsychother Psychosom 2018;87.
    Cette étude prospective portant sur 521 patients dépressifs en Suisse, qui ont été suivis de l’âge de 20 ans jusqu’à l’âge de 50 ans, montre que la prise d’un antidépresseur à un moment donné au cours de cette période était associée à des résultats moins bons à la fin de l’étude, même en tenant compte des symptômes initiaux et d’autres facteurs.
  1. Bockting CLH et al. Continuation and maintenance use of antidepressants in recurrent depressionPsychother Psychosom 2008;77:17-26.
    Des chercheurs néerlandais ont suivi 172 patients pendant deux ans après la rémission initiale de leur dépression. Ils ont constaté que, pendant ce suivi, le taux de rechute était de 60 % pour ceux qui prenaient un antidépresseur en permanence, de 64 % pour ceux qui en prenaient par intermittence et de 26 % pour ceux qui ne prenaient aucun antidépresseur.
  1. Van Weel-Baumgarten EM et al. Treatment of depression related to recurrence: 10-year follow-up in general practiceJ Clin Pharm Ther2000;25:61-6
    Dans cette étude rétrospective portant sur les résultats à 10 ans, des chercheurs néerlandais ont constaté que 76 % des personnes non traitées par un antidépresseur se sont rétablies et n’ont jamais rechuté, contre 50 % des personnes à qui l’on a prescrit un antidépresseur.
  2. Hengartner MP et al. Antidepressant use diring acute inpatient care is associated with an increased risk of psychiatric rehospitalisation over a 12-month follow-up after dischargeFront Psychiatry 2019.
    Des chercheurs suisses, dans une étude portant sur 90 patients psychiatriques sortis de deux hôpitaux psychiatriques, ont constaté que les personnes traitées avec un antidépresseur pendant leur séjour à l’hôpital étaient trois fois plus susceptibles d’être réhospitalisées au cours des 12 mois suivants que celles qui n’étaient pas traitées avec un antidépresseur. 
  3. Goldberg D et al. The effects of detection and treatment on the outcome of major depression in primary care: a naturalistic study in 15 citiesBr J Gen Pract 1998;48:1840-4.
    Dans cette étude de l’OMS portant sur des patients dépressifs dans 15 villes du monde, qui visait à évaluer le bien-fondé du dépistage de ce trouble, les auteurs ont constaté qu’au bout d’un an, ceux qui n’avaient pas été exposés aux médicaments psychotropes jouissaient d’une bien meilleure « santé générale », que leurs symptômes dépressifs étaient beaucoup plus légers et qu’ils étaient moins susceptibles d’être encore « malades psychiquement ».
  4. Patten SB. The impact of antidepressant treatment on population health: synthesis of data from two national data sources in CanadaPopul Health Metr 2004.
    Dans cette étude de cinq ans portant sur 9 508 patients déprimés au Canada, les patients sous traitement étaient déprimés en moyenne 19 semaines par an, contre 11 semaines pour ceux qui ne prenaient pas de médicaments. Les chercheurs canadiens ont conclu que leurs résultats étaient conformes à l’hypothèse de Giovanni Fava selon laquelle « le traitement antidépresseur peut entraîner une détérioration de l’évolution à long terme des troubles de l’humeur».
  1. Dewa CS et al. Pattern of antidepressant use and duration of depression-related absence from workBr J Psychiatry 2003;183:507-13.
    Les enquêteurs canadiens ont identifié 1 281 personnes qui ont bénéficié d’une invalidité de courte durée entre 1996 et 1998 parce qu’elles avaient manqué dix jours de travail consécutifs en raison d’une dépression. Les personnes qui n’ont pas obtenu d’ordonnance pour un antidépresseur ont repris le travail, en moyenne, en 77 jours, tandis que le groupe sous traitement a mis 105 jours pour revenir au travail. Seuls 9 % des membres du groupe non médicamenté ont bénéficié d’une invalidité de longue durée, contre 19 % pour ceux qui ont pris un antidépresseur.
  1. Ronalds C et al. Outcome of anxiety and depressive disorders in primary careBr J Psychiatry 1997;171:427-33
    Dans cette étude britannique portant sur 148 patients déprimés, le groupe n’ayant jamais pris de médicaments a vu ses symptômes diminuer de 62 % en six mois, alors que les patients traités par des médicaments n’ont connu qu’une réduction de 33 % de leurs symptômes.
  2. Amsterdam JD, Kim TT. Prior antidepressant treatment trials may predict a greater risk of depressive relapse during antidepressant maintenance therapyJ Clin Psychopharmacol 2019;39:344-50.
    Cette étude portant sur 148 personnes souffrant de bipolarité II et ayant récupéré d’un épisode dépressif suggère que le « principal facteur prédictif de rechute » au cours des 50 semaines suivantes était le fait d’avoir pris un antidépresseur avant de participer à l’étude. Les personnes qui avaient pris un antidépresseur étaient presque trois fois plus susceptibles de rechuter.
  1. Verdoux H et al. Impact of duration of antidepressant treatment on the risk of occurence of a new sequence of antidepressant treatment.Pharmapsychopsychiatry 2011;44:96-101
    Des chercheurs français, dans le cadre d’une étude portant sur 35 000 patients souffrant d’un premier épisode de dépression, ont constaté que plus les patients étaient traités longtemps avec un antidépresseur avant de l’arrêter, plus le taux de rechute était élevé. Ceux qui étaient exposés à un antidépresseur pendant plus de six mois avaient un risque de rechute plus de deux fois supérieur à ceux qui y étaient exposés pendant moins d’un mois. (Il s’agit probablement de symptômes de sevrage plutôt que de rechute… !)

Voici également une liste non exhaustive d’études sur la possibilité que les médicaments aggravent les résultats à long terme :

  1. Fava GA. Do antidepressant and antianxiety drugs increase chronicity in affective disorders? Psychother Psychosom 1994;61:125-31.
  2. Fava GA. Holding on: depression, sensitization by antidepressant drugs, and the prodigal expertsPsychother Psychosom 1995;64:125-31.
    « Les médicaments antidépresseurs dans la dépression peuvent être bénéfiques à court terme, mais aggravent la progression de la maladie à long terme, en augmentant la vulnérabilité biochimique du patient à la dépression. »
  3. Fava GA. Potential sensitising effects of antidepressant drugs on depressionCNS Drugs 1999;12:247-56
  4. Fava GA. Can longterm treatment with antidepressant drugs worsen the course of depression? J Clin Psychiatry 2003;64:123-33
    Afin de faire face à la perturbation de l’activité des neurotransmetteurs par l’antidépresseur, le cerveau subit des adaptations compensatoires, et « lorsque le traitement médicamenteux prend fin, ces processus [compensatoires] peuvent fonctionner sans opposition, entraînant l’apparition de symptômes de sevrage et une vulnérabilité accrue à la rechute ».
  5. El-Mallakh RS et al. Tardive dysphoria: the role of long term antidepressant use in inducing chronic depressionMed Hypotheses 2011;76:769-73
    Les antidépresseurs « peuvent induire des processus qui sont à l’opposé de ce que le médicament a produit à l’origine », et cela peut « entraîner une aggravation de la maladie, se poursuivre pendant un certain temps après l’arrêt du médicament, et ne pas être réversible ». Le chercheur écrit : « Nous suggérons qu’un état dépressif chronique et résistant au traitement peut se produire chez les individus qui sont exposés à des antagonistes puissants des pompes de recaptage de la sérotonine pendant des périodes prolongées. En raison du délai d’apparition de cet état dépressif chronique, il est qualifié de dysphorie tardive.»

Comments par S (24/08/2022)

Oui il faudrait  mettre ces études sur le site avec le résumé fourni par Erell parce qu il est très clair. Erell, je ne trouve pas leur conclusion nuancées. Pour celui qui se pose la question de prendre ou pas un antidépresseur, s’il lit l’abstract de chacune de ces études, la réponse sera NON!

On peut peut être pour le site faire une synthèse des principales conclusions qui se dégagent de ces 12 études et les mettre ensuite. 

1. Sur une longue période,  on ne constate pas d’amélioration de l’état de santé des personnes qui prennent les anti dépresseurs comparé à  celles qui n’en prennent pas.

2. Sur une période de 9 ans, on observe un état de santé dégradé chez les personnes déprimées ayant pris des anti dépresseurs comparé à  celles qui n’en n’ont pas pris.

 3 Les patients ayant vécu un épisode dépressif mais n’ayant pas été traité par anti dépresseur, jouissent d’une meilleure santé physique et psychique comparé à ceux qui ont reçu des psychotropes.

4 Les risques de rechute sont plus grands chez les personnes déprimées ayant pris des antidépresseurs que chez celles qui n’en ont pas pris.

5. Le risque de ré hospitalisation est plus grand chez les personnes traitées lors d’une première hospitalisation  par antidépresseur que chez les personnes qui n’en n’ont pas pris.

6 Les personnes en invalidité de travail pour dépression mais n’ayant pas pris d’antidépresseur reprennent plus rapidement leur travail que celles en invalidité pour dépression qui ont reçu des antidépresseurs.


Recommandé par Y (26/08/2022)

Concernant la référence du long terme, l’étude Cochrane de Peter Gotzsche 2019 est très claire pour moi.

22 articles de 12 essais randomisés pendant au moins 6 mois, tous ont conclu que les médicaments n’étaient pas bénéfiques à long terme. De plus, cette étude a conclu que « les essais randomisés actuellement disponibles ne peuvent pas être utilisés pour enquêter sur les méfaits persistants des antidépresseurs ».

Danborg PB, Valdersdorf M, Gøtzsche PC. Long-term harms from previous use of selective serotonin reuptake inhibitors: A systematic review. Int J Risk Saf Med. 2019;30(2):59-71. doi:10.3233/JRS-180046 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6839490/

Je recommande vivement l’article de Jureidini. J’aimerais que S le lise. C’est vraiment la recommandation pour les parents qui hésitent à commencer à droguer leurs enfants adolescents. Pour être honnête, ça me fait très mal, mais beaucoup de parents (et parfois même de grands-parents) devraient le savoir. Je l’ai traduit automatiquement en français au lien suivant :

Let children cry by Jon Jureidini

Jureidini JN. Let children cry. Med J Aust. 2014 Nov 17;201(10):612-3. doi: 10.5694/mja14.00060. PMID: 25390273.

Let children cry (français)

Laissez les enfants pleurer
Mieux vaut être doué pour les sentiments que pour se sentir bien.

https://romainschmitt.wordpress.com/2022/08/25/let-children-cry/